Le château de Sagan

Pologne Zagan

 

 

 

 


 

Cartes postales de Jan Sosnowski 

http://www.dekorgraf.pl/oferta_wydawnicza.php?site=grafiki&site2=zagan_w_gwaszu

 

 

Bielefeld, Westphalie, mai 1995: Je reçois une visite étrange : celle d'un Polonais qui recherche une Française afin de l'aider à trouver l'adresse de l'héritier des Talleyrand,  dont il a lu le nom dans un journal pour lui communiquer un très important renseignement sur Sagan. Je regarde donc dans le minitel et trouve cette adresse.


Le Polonais revient me voir et me demande de lui écrire une lettre, très confidentielle, il aurait trouvé en 1946 un trésor dans le château et aurait remis ce trésor aux autorités d'alors. Il veut que l'héritier le sache.
Très intriguée, je me renseigne et découvre peu à peu la relation qui existe entre un château en Pologne et Talleyrand. Je commence donc ma recherche historique, je vais en bibliothèque et je découvre un sujet qui me passionne au point de faire une conférence à la société franco-allemande de Bielefeld sur « un destin franco-allemand: Dorothée de Kurland, duchesse Edmond de Talleyrand-Périgord, duchesse de Dino et de Sagan ». C'est le côté international du personnage qui m'intéresse, son « allemanderie », comme disait d'elle Talleyrand, son retour en Allemagne après 30 ans passés en France m'intrigue, je veux comprendre.

Il semble que Dorothée, malgré ses nombreuses années passées en France, n'ait jamais été bien acceptée par la société bourgeoise de l'époque de Louis-Philippe, elle n'a pas bonne réputation. Son allure trop libre de grande dame fait d'elle une figure étrange et étrangère en France, et elle sera plus tard à la cour de Berlin la Française alors qu'elle parle très bien les deux langues.


La naissance de Pauline en 1820 fait jaser,  sa vie indépendante et  ses liaisons  aussi. Elle ne se trouve à son aise que lorsqu'elle accompagne Talleyrand à Londres où il est ambassadeur, les esprits sont là plus tolérants, et elle est vraiment une étrangère. Après la mort de Talleyrand, bien que ses enfants soient français et établis en France, elle se sent attirée par cette terre de Sagan où elle jouera le rôle d'une souveraine, car le duché de Sagan est encore un fief féodal dont les revenus sont considérables.

 

 

Le château de Sagan avait, entre autres, appartenu à Wallenstein, figure illustre de la Guerre de Trente Ans, puis aux Lobkowitz, illustre famille de Bohème qui avaient un palais à Prague, aujourd'hui ambassade d'Allemagne; il fut acheté en 1786 par par Pierre, duc de Courlande, père de Dorothée,née en 1793 à friedrichsfelde ,près de Berlin. A la mort du duc Pierre, en 1800, Sagan revint â sa fille aînée Wilhelmine, en 3èmes noces, comtesse Charles-Rodolphe de Schulenburg, mais connue comme duchesse de Sagan. Au décès de Wilhelmine,  en 1839, la principauté passa à sa soeur puînée, Pauline, princesse do Hohenzollern-Hechingen, laquelle, en 1843, céda ses droits sur Sagan à Dorothée, duchesse de Talleyrand, la cadette, qui habita les lieux dès ce moment là.
Sans attendre la conclusion d'un pacte de famille qui n'interviendra qu'en 1847, par lequel Pauline de Périgord recevait Rochecotte, Alexandre de Dino son frère, Günthersdorf, alors que Sagan lui mène se trouvait réservé au profit de Louis, duc de Valençay, l'aîné des précédents, un diplôme du roi de Prusse, en date du 6 janvier 1845, investissait Dorothée comme duchesse de Sagan, le petit-fils de cette dernière, Boson de Talleyrand-Périgord prenant immédiatement le titre de Prince de Sagan. son souvenir est resté vivant parmi la population.


Le titre de duc de Sagan fut autorisé en France par décret impérial du 16 octobre 1862, moins d'un mois après le décès de Dorothée (19 septembre 1862), ce qui bénéficiait à Louis, tandis que le titre de Prince de Sagan avait été autorisé en France, en faveur de Boson, dès le 3 mars 1859. A la fois pair de France et membre de la chambre des seigneurs de Prusse, là où il était représenté par un notaire, le duc Louis, après, la défaite française de 1870, fît retourner son siège de Berlin contre le mur.

 

 

J'ai commencé un pèlerinage en Europe des demeures où a séjourné Dorothée: je suis allée à Rochecotte, ensuite à Berlin, puis à Paris à la recherche des demeures de Talleyrand où elle habita avec lui, à Valençay, et cet été à Sagan (en polonais Zagan).

Zagan est une petite ville située à 50 kms de Cottbus, près de la frontière germano-polonaise. Autrefois la région s'appelait la Basse-Silésie (Niederschlesien), elle était allemande depuis des siècles, et était connue surtout pour ses mines et ses tisserands (Gerhard Hauptmann: « Die Weber » et Heinrich Heine : « Die Schlesischen Weber »). La région a toujours été très pauvre, c'est une région boisée qui permettait autrefois la chasse et autorise maintenant la cueillette des champignons que les gens vendent au bord de la route.
Elle fut vidée en 1945 de tous ses habitants allemands, chassés d'un jour à l'autre de leur patrie et repeuplée par des polonais de l'est, chassés eux aussi par les Soviétiques.

Le château de Sagan 

 

que l'on appelle maintenant « le palais » a été pillé et incendié en 1945 au moment des combats très violents entre les Russes et les troupes allemandes. Il ne reste rien de l'intérieur, mais les Polonais, maîtres dans l'art de la reconstruction, l'ont reconstruit à l'identique et on peut se faire une idée de ce qu'était ce château au temps de sa splendeur, bien que sur les gravures de l'époque de Dorothée, il offrit un aspect plus gai. C'est un château austère, en forme de U, entouré de douves, un château de guerrier, une forteresse grise au toit rouge avec de nombreuses cheminées dont la façade est ornée de masques ornant le dessus de 24 fenêtres, il y avait cent pièces.

 

 

 

Du côté du parc, deux arbres immenses plantés au bout de la cour ferment le U. On comprend que Wilhelmine s'y soit ennuyée à mourir et ne l'ait que très peu habité. Elle préférait Vienne et l'Italie. C'est ici aussi qu'eut lieu le mariage de la petite-fille de Dorothée, Marie de Castellane, avec le prince Antoine Radziwill. On peut comprendre qu'entre Valençay et Sagan, les derniers propriétaires du château aient fait leur choix au profit de la France. Ce château abrite maintenant un centre culturel et sert de salle des mariages et de salle des fêtes.

Le parc, agrandi par des acquisitions successives pour atteindre la superficie de 230 ha, avait été aménagé magnifiquement par Dorothée qui avait pris conseil auprès du spécialiste de l'époque, le prince Pückler-Muskau, dont le domaine se trouve près de Cottbus (et il a donné son nom à une glace très connue: Fürst-Pückler-Eis). Le public pouvait visiter le parc, Louis avait continué l'oeuvre de sa mère en y ajoutant des fontaines et des statues; il reste une statue, mais les fontaines ont disparu. Il n'y a plus de massifs de fleurs. Ce qui fait le charme de ce parc est qu'il est traversé par une rivière, la Bober, il y a une certaine ressemblance avec Valençay. Nul doute que Dorothée a voulu recréer un environnement familier. Actuellement, le parc a des dimensions beaucoup plus réduites.

Pour trouver l'église-chapelle où se trouve le tombeau de Dorothée, il faut traverser une route, alors qu'on peut lire qu'elle était située au fond du parc. Des immeubles d'habitation genre cité soviétique comme en ex-RDA (Plattenbau) ont été construits en bordure de route, mais il reste de très beaux arbres.

L'Hôpital « Dorotheenstift » existe toujours et fonctionne toujours comme hôpital, on peut encore lire sur une porte l'inscription « gestiftet von Dorothée, Herzogin von Sagan 1851 »

 

 

C'est très émouvant, de même que sur la porte d'entrée de l'hôpital, on peut toujours lire le nom de Talleyrand.

Je n'ai pas retrouvé l'Orangerie, ni différents bâtiments dont j'ai trouvé les photos ou les gravures dans le livre édité par la fondation « Kulturwerk Schlesien. Sagan und Sprottau in der schlesischen Geschichte «Les vues de Sagan» » à l'occasion de la vente en 1989 des vues de Sagan à Monte-Carlo par Sothebys. Ce livre, toujours disponible, est très riche en renseignements iconographiques. 

Marie von Bunsen relate dans son livre de 1935 «Dorothée  Herzogin von Sagan» sa visite à Sagan et décrit ce qui s'y trouvait encore, les robes de bal de Dorothée, son livre de prières et les nombreux portraits de famille. Des copies se trouvent heureusement à Valençay.

Les Polonais de Zagan honorent  la mémoire de Dorothée et ont baptisé une école en mai 2004  "Dorothée de Talleyrand. 

 

Août 2000

2004 : la liste des objets du trésor m'a été communiquée. On ne sait toujours pas ce que sont devenus ces objets
 

Quelques livres sur le sujet:

En français

  • Dorothée, duchesse de Dino: Souvenirs. Paris 1908, édités par sa petite-fille Marie de Castellane-Radziwill.
  • Dorothée, duchesse de Dino: Chroniques. Paris 1909.
  • Françoise de Bernardy: Le dernier amour de Talleyrand. Paris: Hachette, 1956.
  • Louis J. Arrigon: Une amie de Talleyrand, la duchesse de Courlande. Paris 1946 (= la mère de Dorothée).
En allemand
  • Clemens Brühl: Die Sagan, Berlin 1941 (=la soeur ainée de Dorothée).
  • Marie von Bunsen: Talleyrands Nichte, die Herzogin von Sagan. Stuttgart 1935.
  • Sagan und Sprottau in der schlesischen Geschichte. « Les vues de Sagan » Würzburg: Bergstadtverlag Wilhelm Gottlieb Korn, 1992.
  • Philip Ziegler: Die Herzogin von Dino. München 1965.